La controverse de la tomate

Auteur et tomate

Un jour, j'ai assisté dans une cour de récréation à un débat philosophique particulièrement animé.

Il s'agissait d'éclaircir le point suivant : La tomate est-elle un fruit ou un légume ?

Pour les jeunes participants à cette controverse, la question était manifestement d'importance. Du reste, les arguments étaient pensés sinon pertinents : les uns avançaient l'existence de graines, les autres le fait qu'on mange rarement la tomate en dessert ; les partisans du la thèse "fruit" faisaient justement remarquer qu'il s'agit d'une fleur fécondée, ceux de la thèse "légume" le fait que le jus se sert salé et non sucré. Etc.

Le débat a duré toute la récréation de dix heures, et probablement au-delà. Il n'est jamais venu à l'esprit de ses antagonistes que leur dispute concernait l'usage du mot, non la nature de la chose, encore moins que l'objectivité de cette dernière pouvait être problématique, les dieux n'ayant sans doute pas organisé le monde en catégories naturelles correspondant par miracle aux découpages établis par la langue française.

Quelque temps plus tard, je me suis rappelé cet épisode en regardant une brochette d'intellectuels discuter gravement chez Pivot de l'amour et de la passion. Là encore, même obstination des uns et des autres : "Mais non, voyons, c'est de la passion ! l'amour, c'est autre chose !" "Ah, non, pas d'accord ! Quand on ressent cela, c'est bien de l'amour, non ?" Il était manifeste que cela allait durer joyeusement toute l'émission ; c'était sans doute le but, mais en quoi est-ce que ça pouvait faire avancer quoi que ce soit ?

En hommage à mes élèves métaphysiciens en herbe qui avaient du moins, eux, l'excuse d'un âge moyen d'une quinzaine d'années, je propose d'appeler "question de la tomate" tout débat visant à établir que telle chose est ou non réellement ceci ou cela.

Voici donc quelques questions de la tomate. J'ai essayé de faire en sorte que chaque lecteur en trouve une dans le lot qu'il sera tenté, au moins avant d'y avoir réfléchi, de considérer comme une vraie question, importante, dont la réponse dépend de l'état du monde et non des conventions linguistiques :

J'ajoute celles-ci - je n'en croyais pas mes yeux quand je les ai vu sérieusement débattues sur un forum Usenet :

Notez que je ne dis pas qu'il ne puisse pas y avoir un vrai problème derrière une formulation tomateuse. Les conventions de langage ne sont pas sans importance, et elles ne sont pas totalement arbitraires. Je voudrais simplement attirer l'attention sur le fait que les choses n'ont pas de nature objective indépendante du langage dans lequel nous les décrivons. Les débats sur l'usage, même normatif, des mots sont tout à fait intéressants ; c'est quand on les confond avec des questions factuelles sur l'état du monde qu'on se condamne à la stérilité.


D'autres exemples sont bienvenus, de même que des critiques, objections, etc..


On me signale que la question a été tranchée par la Cour suprême des États-Unis d'Amérique !

Un grand merci à Emmanuelle Foster.

Voir aussi l'article Wikipedia sur la question (en anglais).

Johannes Baagoe